LES FEMMES SAVANTES - Mise en scène Didier VESCHI- Théâtre de l'Eau Vive à Nice du 17 au 27 novembre 2016

La joyeuse et talentueuse troupe du "Petit Théâtre des Affranchis" fait encore des siennes !

salut_des_artistes_2.jpeg Au TNN, en octobre 2015, nous avions beaucoup ri devant le génialissimeTrissotin ou les Femmes savantes de Macha MAKEÏEFF. La famille de Chrysale était devenue une famille bourgeoise, bon chic bon genre, passablement déjantée. La mise en scène de Didier VESCHI, que quelques membres des Amis du Théâtre sont allés applaudir, s'inscrit pleinement dans cette veine burlesque et moderne.

le_decor.jpeg Dans un salon tape-à-l’œil au stratégique canapé rouge en forme de cœur, pédanterie, hyperboles, mastication de mots, aussi ridicules qu'insensés, distillent leurs intoxicants effluves dans une famille bo-bo.

Au placard, éventails, broderies et autres fadaises et place aux téléphones portables, tablettes et écouteurs. Modernité oblige ! Armande lit Cocteau, Philaminte et Bélise "Psychologie magazine" tandis que Chrysale (absorbé par sa lecture de "100% Johnny") et Henriette (rivée sur l'écran de son portable) ignorent ostensiblement l'indigeste brouet du pseudo intellectualisme de ces dames et de leur mentor, Monsieur Trissotin. Il n'en reste pas moins que ça déraille sec chez les Chrysale. La toute puissante Philaminte, entichée de son imbécile de Trissotin, s'est mise en tête de marier sa fille cadette avec ce "bel esprit". Bien entendu, elle n'a demandé l'avis ni à sa fille Henriette, ni à son soupirant, Clitandre, et moins encore à son époux.femmes_savantes_9.jpg Bélise, Armande et Philaminte n'ont d'yeux et d'oreilles que pour la pseudo science d'un imposteur qu'elles idolâtrent tel un dieu. La mascarade et la surchauffe cérébrale truffée d'éructations orgasmiques au moindre mot foireux de Monsieur Trissotin les desservent plutôt qu'elles ne les élèvent. femmes_savantes_1.jpeg La drôlerie de la pièce qui joue sur les contrastes des caractères et les duels langagiers expose sur les planches, à travers l'inégalable filtre du rire, une situation sociétale bien sombre. Une situation où la femme, usurpée dans sa place et ses réelles capacités, est prête à toutes les bassesses pourvu d'exister. Ce que ces femmes ont, par contre, parfaitement compris est que le pouvoir, plus que celui de l'argent ou celui des titres appartient à ceux qui maîtrisent le verbe. Et s'il y en a une qui ose s'y opposer (Henriette), elle devra être sacrifiée à l'aune de la violence qui leur a été faite et de leur dépit : Bélise, vieille fille qui s'invente des prétendants ; Philaminte qui s'accroche au vent des mots creux du premier adulateur venu, pourvu de prendre le pouvoir sans savoir qu'elle s'apprête à s'enfermer dans une autre geôle bien plus sclérosante et humiliante et Armande, amère d'avoir laissé passer la chance d'être aimée de Clitandre pour la chimère d'une prétendue philosophie qui au lieu de la libérer, l'enferme ne lui laissant d'autre horizon que celui de se retrouver dans la situation de sa tante Bélise. Car ces femmes se trompent d'émancipation et de mots. Non seulement, elles se ridiculisent et retournent contre les hommes (terrorisés par leur désir d'affranchissement) le même comportement avilissant dont elles sont victimes mais elles mettent au banc de la société celles qui, comme Henriette, représentent de véritable étendard de l'émancipation. Et pas de quartier qui tienne !

Cette comédie de mœurs, dont les principales thématiques sont celles de la place des femmes dans la société et du puissant et séducteur pouvoir des mots, n'a pris aucune ride tant la finesse de ses alexandrins est efficace et percutante ; une modernité dont le sujet est, hélas, toujours aussi universel qu'intemporel.

Fausseté, esbroufe, poudre aux yeux, les mots sont à double tranchants : ils peuvent faire autant de bien que de mal si l'on ne sait pas les expérimenter ni discerner qui les énoncent. Assoiffés de pouvoir et cupides au plus haut degré, les faux esprits couraient les rues et abreuvaient de leurs détestables sonnets les riches familles du XVIIème siècle. Molière écrit Les Femmes savantes en 1672, les faux dévots précèdent ces malfaisants d'à peine trois années avec Tartuffe . Qui se ressemble s'assemble. On retrouve dans ces deux pièces l'inaltérable pouvoir de la langue, celui d'une hypnose pour gens fragiles et désœuvrés qui aiment qu'on leur raconte des histoires sans en évaluer les délétères répercussions.
Rien n'a changé. Nous retrouvons ces "braves gens" dans nos sociétés modernes sous de multiples facettes. Munis d'outils de haute technologie, ils utilisent, néanmoins, les mêmes stratégies soporifiques dont la principale consiste à endormir par une logorrhée sans queue ni tête. Et plus elle est sibylline, mieux c'est ! On en gouverne que mieux... C’est, en quelque sorte, comme Kaa, le python du Livre de la jungle : « ai (ayez) confiance » (je cherche juste à vous dévorer tous crus !).

Dans cette nouvelle mouture de Didier VESCHI, vous aurez le plaisir d'y déguster, ça et là, de croustillants anachronismes et une scène, absolument hilarante, de dispute verbale entre Monsieur Trissotin et son acolyte Vadius (gay affublé d'un boa à plumes rouges et d'une barrette à fleurs) qui se transforme en un féroce pugilat arbitré par un impayable l'Epine, serviteur de Trissotin, copie conforme du Nettoyeur dans Nikita de Luc BESSON.
Je mettrais ma main au feu si Molière, dans son éternelle retraite, n'en ait pas éclaté de rire.

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Les Femmes savantes made in VESCHI''__'' vous attendent de mots fermes !! Encore jeudi 24 novembre à 20h00, vendredi 25 et samedi 26 novembre à 21h00 ainsi que dimanche 27 à 16h00 !__

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