LA FACE CACHEE DE LA LUNE - ANTHEA ANTIBES LE 18 JANVIER 2017

Concert imaginé par Thierry Balasse, Laurent Dailleau et Yves Godin (Compagnie Inouïe-Thierry Balasse)
Synthétiseurs analogiques Minimoog et synth AKs, bruitages : Thierry Balasse
Guitare et chant : Yannick Boudruche
Chant : Elisabeth Gilly
Batterie : Eric Groleau
Basse : Oliver Lété
Guitare : Eric Lohrer
Piano à queue, synthétiseur Nordstage, chant : Cécile Maisonhaute
Synthétiseurs analogiques Minimoog et VCs3 et Régie plateau : Benoît Meurant
Orgue Hammond, piano électrique Wurlitzer, chant : Julien Padovani

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Le 18 janvier, dans la grande salle Jacques Audiberti, ont résonné des notes de musique et des mots bien connus de la génération des Seventies. La Compagnie Inouïe-Thierry Balasse a joué un des meilleurs albums, des plus innovateurs et aboutis de tous les temps : le mythique The dark Side of the Moon du groupe britannique de rock progressif et psychédélique, Pink Floyd. On pourrait se dire, outre le fait d'avoir l'immense plaisir d'entendre, à nouveau, ces incomparables textes, musiques, voix et prouesses techniques : so what ? Pink Floyd, c'est Pink Flyod. Sauf qu'en l'occurrence, il ne s'agissait pas uniquement de rejouer l'album.
Thierry Balasse et ses musiciens ont choisi de positionner la barre très haut : jouer l'album en live en reproduisant l'intégralité des expérimentations sonores, ce que les Pink Floyd n'ont jamais, techniquement, pu réaliser à l'époque (chacun des musiciens jouait en direct avec une bande son préalablement enregistrée en studio).
Ce 18 janvier, donc, au Théâtre Anthéa, ces dix "énergumènes"ont recréé avec les mêmes instruments et les mêmes outils utilisés par les Pink Flyod, The dark Side of the Moon, réalisant une performance des plus inédites et exceptionnelles. Un travail colossal et de longue haleine qui a demandé plus d'une année de recherches et d'expérimentations à ces puristes, ces ethnologues du son : un travail d'orfèvre, de précision, d'écoute subtile, de fidélité, de passion particulière pour cette "Face cachée de la Lune" mais aussi de créativité.

Comment oublier l'empreinte sophistiquée que The dark Side of the Moon a laissé en chacun de ceux qui, à l'époque où est sorti l'album concept (le 23 mars 1973), a écouté le vinyle au triangle arc en ciel ? Comment ne pas recontacter le plaisir indicible et enivrant à l'écoute des deux faces de cette lune dont chacune représente une pièce musicale continue, chaque chanson étant étroitement imbriquée dans le début de la suivante comme un Tout ? Une totalité qui illustre notre condition humaine et ses problématiques mais aussi celle des membres du Groupe britannique. Roger Waters, le bassiste qui avait remplacé Syd Barrett, psychiquement détruit par l'excès de LSD, en qualité de parolier et de leader, avait posé l'idée d'écrire un album sur ce qui rend les gens fous. Mais la philosophie de The dark Side of the Moon va bien plus loin tant elle reflète les différentes étapes de la condition humaine. C'est ce qui rend l'album si universel et moderne. Entre le début qui commence par un battement de cœur et finit de la même façon, Waters raconte notre histoire et celle des Pink Floyd. Vanité des vanités de la vie, menace sous-jacente de l'aliénation et importance de vivre sa propre vie avec Breathe et Speak to me ; stress, anxiété et phobies avec On the Run ; temps qui passe et vieillesse avec Time, consumérisme et aliénation à l'argent avec Money, solitude et individualisme avec Us and Them, folie avec Brain damage (celle, en autre, de Syd Barrett) et, pour finir, un espoir vers l'altérité et l'unité avec Eclipse .



Thierry Balasse et son Equipe n'ont donc pas démérité. Bien au contraire, ils nous ont fait toucher du doigt l'incroyable complexité qu'a pu représenter la réalisation de The dark Side of the Moon, son inestimable puissance créatrice et innovatrice. L'usage intense d'effets spéciaux par le biais de synthétiseurs analogiques, de boucles sonores, de technique de réverbération, de traitement particulier du son de la grosse caisse pour les battements cardiaques (pulsations prépondérantes dans l'album), de bruitages multiples et variés (pièces de monnaies tombant dans un récipient, vieille machine enregistreuse et papier que l'on déchire pour en bruiter l'ouverture pour Money ; course à pied sur un tapis pour On the run ; horloges, réveils et carillons divers pour le début de Time, la liste est longue.

Et puis, outre la propre griffe de Thierry Balasse et de ses musiciens d'exception, il y a l'aspect purement musical et vocal. Sur ce plan, ils ont tous été au rendez-vous de l'excellence. Ce travail d'esthète demandait une parfaite attention et cohésion de groupe dans la qualité du jeu, des voix et de la synchronisation. Tout y était. Même la voix d'Elisabeth Gilly qui, si elle n'atteignait pas les hauteurs de l'inimitable improvisation de Clare Torry accompagnée aux claviers par Richard Wright dans The Great Gig in the Sky n'était aucunement ridicule. A penser que Clare Torry a touché 30 Livres Sterling pour cette incroyable performance vocale ! Au moment de l'enregistrement et après que les membres du Groupe lui a expliqué la philosophie de l'album, elle s'était d'ailleurs excusée pour l'exubérance de sa prestation auprès des Pink Flyod complètement médusés par une telle maîtrise et intuition : c'était exactement ça !

Deux regrets : celui d'avoir fait choix de ne pas avoir intégrer au groupe le saxophone (mémorable Dick Parry) pour Us and Them et Money et celui d'avoir opté pour un éclairage des plus épurés. Si le concert a perdu au niveau ambiance, on peut cependant comprendre que l'objectif consistait à faire découvrir au public, de façon spectaculaire et Inouïe, sans que son attention soit déviée par des effets de lumière, l'envers du décor : les entrailles de The dark Side of the Moon. Un moment indéniablement inoubliable. S'ils passent dans votre région, n'hésitez pas un instant !

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Commentaires

30 janv. 2017 21:06

Une belle soirée, originale, mais peut-être un brin trop intellectuelle pour que jaillisse vraiment l'émotion.

Nadine L

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