MADEMOISELLE C. DE MAUDE SAMBUIS - THEATRE DE LA PASSERELLE A NICE LES 12 ET 13 JANVIER 2018

Adaptation théâtrale : Maude SAMBUIS
Mise en scène : Maude SAMBUIS - DANY MAJEUR
Interprétation : Maude SAMBUIS
Illustrations : Pascal CATAYE
Création musicale : Mauricio LOZANO
Création costumes : Edwige GALLI
Direction d'acteur : Dany MAJEUR
Décors : Pascal SANTERRE - BENEDICTE LETURCQ
Chorégraphie : Emmanuelle PEPIN
Accessoires : Isabelle PAYA- Maud PINET
Voix Off : Henri LEGENDRE - Candice GATTICCHI - Maude SAMBUIS

camille.jpeg.jpg Deux moyens de supprimer quelqu'un : l'assassinat ou l'internement illégal. Voici les quelques mots du prologue de Mademoiselle C qui résument le destin tragique de la femme, de l'immense et géniale artiste qu'était Camille CLAUDEL. Des mots qui se projettent sur le pan d'un des draps composant un décor (Pascale SANTERRE et Bénédicte LETURCQ) qui nous renvoie à l'atelier, à la création, à l'univers de l'artiste jusqu'à l'écroulement, jusqu'à la négation d'un être qu'amant, famille et société ont fini par rendre fou avant de le faire disparaître de la circulation.
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Pas facile d'adapter pour la scène la vie d'une telle femme en une heure. C'est pourtant ce qu'est admirablement parvenu à faire Maude SAMBUIS. Son texte est équilibré, puissant, émouvant et superbement bien écrit. De Villeneuve à l'asile de Montdevergues où Camille finira sa vie, les phrases sont percutantes, incisives, efficaces. Toujours à propos et sans logorrhée aucune, le texte et la justesse de l'interprétation de Maude SAMBUIS nous prennent à bras le corps. Camille est là, devant nous : pétillante, franche, sans compromis : "qu'on m'aime comme je suis !"
Au-delà de la mise en scène, des accessoires bien choisis, du décor, des costumes, de la musique et du talent de Maude MAUBUIS, ce qui nous touche au plus profond est la sincérité de la comédienne qui par les recherches, l'écriture du texte, le travail sur le personnage de Camille, son admiration pour elle, est parvenue à s'en imprégner et à l'incarner au plus près.
Mlle C 1.jpgLe ton et le rythme sont justes et s'adaptent à l'évolution dramatique de la pièce. On rit même aux pointes d'humour qui soulignent le caractère bien trempé de Camille et sa cynique lucidité du monde misogyne dans lequel elle vit, un monde où la femme qu'elle est n'a aucune place et aucune prérogative que ce soit si ce n'est d'être soumise ; une perspective existentielle à laquelle Camille ne saurait se soumettre et dont elle paiera le prix le plus fort : l'anéantissement de sa personne et de tout ce qu'elle représente.
Les phrases de Maude SAMBUIS, son jeu et la qualité de sa présence tantôt nous émeuvent, nous caressent, nous révoltent, nous giflent. "Ces hommes et leurs discours" pour lesquels "je suis coupable : de tout ". Camille ne s'est pas choisie n'importe quel métier. Elle veut devenir artiste, sculptrice ; la pierre la fait rêver. De surcroît, elle veut être libre : "je suis libre !" revendique-t-elle avec fougue et effronterie. Tout ce qu'il faut pour faire jaser et déranger l'opinion publique. Les Beaux-Arts lui sont interdits. Elle fera sans tant son "besoin est de créer ; c'est une nécessité". Sa mère est contre ce "métier d'homme". Mais si sa mère et sans doute Paul, son frère, qui a hérité du lourd fardeau de porter le nom du frère suicidé de sa mère, ne la comprennent pas toujours, son père est là : "Papa croit en moi". Et puis il y a Rodin. Sa voix l'envoute, l'apaise. Il a de si belles mains : "on a la voix de son cœur, les mains de sa vie". Les mains représentent l'intime, "la création sort de la main", alors...
Son immense passion pour le maître, l'amant l'enferme ; elle perd sa liberté. Les mots "ne sont pas assez pour définir son amour" pour lui mais la solitude, le manque, le désir d'exprimer ce qu'elle ressent dans la glaise, le marbre sont plus fort que tout. Camille est entière, veut représenter le désir féminin, "la femme, la féminité, telle qu'elle est" sans compromis, ni concessions. Un moment, elle s'illusionne "attendre beaucoup des gens que l'on aime, attendre d'être aimée et reconnue". Il ne faudra pas trop y compter, ni avec Rodin, ni avec quiconque.
2018-01-12 22.09.19.jpg Quant aux transitions dramaturgiques, celles-ci sont amenées avec le plus grand naturel : du départ de Villeneuve de Camille et sa rencontre avec Rodin à la trahison et son acharnement à faire reconnaître un géni qui sera totalement nié jusqu'au sentiment de persécution lié à "la bande à Rodin", la condamnation de la société, de sa propre famille et la destruction de ses œuvres, tout se fait et se transforme dans la fluidité : décor, costume, coiffure, ton, rythme, jeu : Camille et sa vie se métamorphosent .

"Difficile d'être une femme quand on travaille tous les jours comme un homme". Tant pis, Camille se moque des conventions, du "qu'en dira-t-on", du rejet, du scandale : sa liberté est à ce prix. Elle n'en démordra pas et ira jusqu'au bout de sa détermination et de son courage.

Un immense merci à Maude SAMBUIS et à ce bel hommage rendu à Camille CLAUDEL, aux femmes et à la liberté. Il est à souhaiter que son spectacle se fasse connaître par le plus grand nombre et que cet été il puisse aller rencontrer le succès auprès du public du festival d'Avignon. Montdevergues est à quelques encablures d'Avignon : comme un signe. Camille, qui y est morte de faim, comme toutes les autres internées, lors de la seconde guerre mondiale, après trente ans d'internement forcé, y sera sans aucun doute très sensible.
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Commentaires

14 janv. 2018 13:55

Merci pour ce compte-rendu enflammé ... qui me fait regretter de ne pas avoir vu ce spectacle ! Pourquoi n'ai-je pas encore acquis le don d'ubiquité !
Merci encoe !

Arlette Schneider
14 janv. 2018 20:29

On connaît Camille Claudel incarnée magistralement par Isabelle Adjani et bravo pour ton compte-rendu qui nous remet en mémoire la vie de cette artiste. Dommage, nous n'avons pas assisté à la représentation.

Sylvie
15 janv. 2018 10:07

Une si belle critique qui me donne envie de voir ce spectacle auquel je ne pouvais assister, malheureusement. Mais où j'irai si la pièce était reprise.

Gladys Busson
6 fév. 2018 15:32

Sous Ta plume vibrante, on découvre l'écriture d'une passionnée de théâtre, de surcroit traitant un sujet, une artiste pour laquelle Tu as toujours eu de l'admiration. Bravo, Françoise: Tu T'es surpassée et on ne peut que regretter d'avoir manqué cette pièce, si bien interprétée par Maude SAMBUIS (une autre passionnée).

Lucio

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