INVENTAIRES DE PHILIPPE MINYANA - THEATRE DE L'IMPASSE - NICE DU 16 AU 18 NOVEMBRE

VENDREDI 16 ET SAMEDI 17 A 20H30 ET DIMANCHE 18 A 16H00
Mise en scène : Catherine LAUVERJON
Distribution : Faustine FINZI - Dominique VILLEUNEUVE - Laurence MERLIN
Compagnie Les Pythons Montés

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Il est différentes façons de pouvoir se raconter, à la vie comme au théâtre. Pas facile. Parfois, on n'ose pas, parfois on cherche ses mots, parfois on s'éparpille, on digresse, là où le mental prend la main, jusqu'au lissé, à la planification carthésienne ennuyeuse. Eh bien, en l'occurrence, Philippe MINYANA, avec ses Inventaires choisi la forme originale du "Marathon de la parole" auquel vont participer trois femmes : Angèle, Jacqueline et Barbara. Le choix et les conditions marathonniennes de ce jeu ne laissant pas le temps à la réflexion de spéculer ou d'enjoliver les choses, la parole sort sans préparation, spontanée, sans fards, sincère : elle sort libre et brute, telle la pépite d'un diamant à peine extrait de la "terre bleue" de la kimberlite.
L'originalité de l'écriture d'Inventaires touche profondément à l'humanité de tout un chacun. Elle se fait par le biais d'une écriture sensible et précise. Son rythme est intense, profond, abondant, intarissable, comme pour répondre à un impératif, une urgence. Etudiée aux épreuves du baccalauréat, option théâtre, cette pièce a été créée en 1987 et mise en scène à plusieurs reprises. Parmi la quarantaine de pièces, jouées dans le monde entier, que Philippe MINYANA a écrites, Inventaires fait partie des premières. Elle a reçu le Prix de la SACD, celui de la Critique Musicale et a été nominée aux Molière 1991. PHILIPPE MINYANA INVENTAIRES.jpg
D'origine espagnole cet auteur prolixe, directeur d'acteurs et comédien a beaucoup travaillé avec le metteur en scène Robert CANTARELLA au Théâtre Dijon-Bourgogne. Inventaires a d'ailleurs été jouée, en novembre 2013, sous la direction de ce metteur-en-scène, à Monaco, au Théâtre Princesse Grâce, 25 ans après la création de cette pièce mythique avec les mêmes comédiennes : Judith MAGRE, Florence GIORGETTI et Edith SCOB.

Axé sur le désir de l'amour et de la perte, l'autre grande inventivité de cette oeuvre dramaturgique est liée à l'utilisation d'objets, de vêtements, d'accessoires mais aussi de musique, morceaux choisis, à travers lesquels chacune de ces trois femmes va pouvoir se dire. Véritables faire-valoir, ils symbolisent et mettent en exergue un moment singulièrement important de leur existence. Cuvette pour Jacqueline, un lampadaire pour Barbara et une robe pour Angèle, et pas n'importe laquelle : celle de 1954 (enfin… presque). INVENTAIRES NOV 2018 FEMME EN NOIR 2.jpg Des ancrages (destinataires présents auxquelles elles parlent comme au public ou à un autre, celui d'un autre temps, hors champ mais dont le public reste l'ultime dépositaire) au creux desquels les mots vont se bousculer avec intensité et qui vont servir d'étayage à ces femmes pour caractériser, de façon intime, émouvante et drôle, les passages les plus forts d'un parcours cabossé. INVENTAIRES NOV 2018 TROIS FEMMES .jpgPhilippe MINYANA pose, ici, de façon éclatante et puissante, la question de la parole, une parole de femmes, certes, mais aussi, de façon plus large, du verbe qui est l'essence même du théâtre.

Les comédiennes, toutes trois issues de la Compagnie Pythons Montés, sont incontestablement parvenues à prendre possession de leur personnage dans un jeu naturel et sincère. Laure MERLIN est une Barbara fougueuse, acide, pleine de verve et d'intensité. Thérapeute du langage, elle s'inscrit pleinement dans ce marathon linguistique dont les mots, qu'elle manie avec brio, sont exprimés avec une délectation qui se voit. Dominique VILLEUNEUVE est une Angèle tout en délicatesse, bouleversante. Elle aussi aime les mots. Elle les aime tant qu'elle les enseigne pour assouvir son désir de partager, d'aller à la rencontre des autres, du monde.INVENTAIRES NOV 2018 FEMME PANT CARREAUX ROUGES.jpg Faustine FINZI, quant à elle, nous incarne une Jacqueline toute en rondeur.
En raison de son rythme enlevé, de la rapidité des enchaînements et de l'absence de ponctuation de l'écriture, Inventaires est un texte difficile. Un défi que ces comédiennes ont grandement relevé et dont elles ont su tirer partie en interprétant, avec une véritable aisance dans l'interprétation, passant du registre du comique, voire du trivial à celui du tragique, comme on passe du coq à l'âne.

La réussite de cette pièce revient également à Catherine LAUVERJON dont on a eu le plaisir de voir dernièrement la mise-en-scène de la délicieuse Louison d'Alfred de MUSSET interprétée par la Compagnie Stéphanie BOSQ. Sur le plateau, très rapidement, les espaces comme les mots se bousculent, se heurtent, s'interposent. Pour pallier à cet écueil, la metteure-en-scène s'est appuyée sur une scénographie géométrique ; le choix de l'échelle et de sa guirlande lumineuse, au centre du plateau, en est un exemple. Refuge, appui, phare, il créé, au milieu des deux chaises sur lesquelles sont assises Barbara et Jacqueline, un point d'ancrage pour Angèle et, plus globalement, un axe scénographique stable, emblématique de la nostalgie du souvenir festif même s'il peut faire mal. CATHERINE LAUVERJON FILAGE.jpgIl s'agit aussi d'une référence que Catherine LAUVERJON a tenu à inscrire dans sa mise-en-scène et qui s'apparente au travail de Christian BOLTANSKI, cher à Philippe MINYANA et qui traduit pleinement l'aspect fragmentaire du discours des trois protagonistes de la pièce, de ces parcelles d'existences exprimées dont elles ne maîtrisent ni le choix et encore moins la hiérarchie : ça sort tel un geyser, sans prévenir.

Ces Inventaires vous attendent au Théâtre de l'Impasse pour un moment privilégié où les mots et leur musique vont irrésistiblement vous embarquer sur la gamme passionnée des partitions de tranches d'une vie qui, malgré tout, mérite sacrément d'être vécue !

Commentaires

18 nov. 2018 00:11

J'ai été transporté par les trois protagonistes : trois personnalités différentes originales, drôles, ludiques, émouvantes, captivantes et prenantes.
Très belle interprétation à voir!

stéphanie

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